Sport et Tabac

Sport & santé

Sport et tabac modifiée

La pratique d’une activité physique régulière permet de limiter les effets nocifs du tabac. Néanmoins, le tabagisme entraine un cercle vicieux tendant à écarter les fumeurs des terrains de sports. Au delà des effets à long terme du tabac, c’est également un facteur favorisant la mort subite d’exercice. L’utilisation du tabac à chiquer ou à mâcher a connu une nette augmentation au début des années 2000, faisant s’interroger sur le possible détournement de la nicotine à des fins de dopage.

Le rôle néfaste du tabac en termes de santé publique n’est plus à démontrer. De nombreuses campagnes d’information ont sensibilisé la population aux problèmes de santé engendrés par le tabac sur le fumeur et sur son entourage ; la hausse des prix des paquets de cigarettes a également contribué à la diminution des ventes de cigarettes qui a quasiment été divisée par 2 entre 1993 et 2013. Cependant, près de 47 milliards de cigarettes sont vendues chaque année, et le problème du tabagisme touche l’ensemble de la population, y compris les sportifs de tout niveau.

Au long cours

Tabac et sport ne font généralement pas bon ménage et si, dans la grande majorité des cas, le tabagisme éloigne de la pratique sportive, la reprise d’une activité sportive peut aider à s’éloigner du tabac. Il est maintenant clairement recommandé de programmer une activité physique régulière pour optimiser les chances d’un sevrage réussi. Les bénéfices de la pratique sportive s’additionnent, voire se potentialisent, avec ceux du sevrage et permettent de sortir de la spirale du déconditionnement, aussi bien sur le plan cardiovasculaire que pneumologique ou encore métabolique.

En l’absence de sevrage, il reste malgré tout très important de promouvoir une activité physique a minima. Dans le cas de la bronchopneumopathie chronique obstructive par exemple, Garcia- Aymerich a démontré que pratiquer une activité physique au moins 2 heures par semaine chez le fumeur pendant plusieurs mois diminue significativement le risque de développer cette maladie comparativement au fumeur sédentaire. Les mêmes auteurs ont également mis en évidence un intérêt à la pratique sportive dans la prévention secondaire en observant une diminution de la mortalité d’origine respiratoire et une diminution de la fréquence des hospitalisations chez les patients présentant cette maladie. Il n’en reste pas moins qu’être fumeur et faire du sport reste dangereux, et c’est pour cela qu’il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin qui jugera alors plus clairement des examens complémentaires à réaliser ou non.

Les effets immédiats de la cigarette dans le cadre de la pratique sportive :

Le club des cardiologues du sport, par l’intermédiaire de ses « 10 règles d’or » recommande bien évidement de ne pas fumer du tout, mais dans le cas des «accros à la clope », il reste préférable d’avoir une activité physique plutôt que pas du tout. A ce titre est alors préconisé de ne pas fumer dans les 2 heures qui précèdent ou qui suivent la pratique sportive quel que soit l’âge du sportif, au risque d’augmenter la survenue de problème cardiovasculaire grave (décollement de plaque d’athérome ou trouble du rythme ventriculaire) pouvant conduire à une mort subite.

L’effet physiopathologique immédiat du tabac dans le cadre de la pratique sportive s’explique par les effets combinés des 2 principaux constituants de la cigarette, la nicotine et le monoxyde de carbone, les autres constituants jouant certainement un rôle non négligeable mais difficilement quantifiable du fait de leur nombre et de la variabilité de leur concentration dans la fumée de cigarette.

Le Monoxyde de carbone

Il est le constituant principal de la fumée de cigarette. Il a la particularité de s’installer en lieu et place de l’oxygène sur l’hémoglobine (Hb) pour former ce que l’on appelle la carboxyhémoglobine (HbCO) ; or l’hémoglobine a un rôle de transporteur de l’oxygène des poumons vers l’ensemble du corps. Quand le monoxyde de carbone est installé sur l’Hb, cette fixation est irréversible à défaut d’être en présence d’une grande concentration d’oxygène, c’est donc la destruction naturelle de la HbCO et le renouvellement du stock d’hémoglobine qui permet alors de se débarrasser du monoxyde de carbone. On considère qu’il faut 72 heures après une dernière cigarette pour évacuer la majeure partie du monoxyde de carbone contenu dans l’organisme. La diminution des capacités de transport d’oxygène vers les muscles et le cœur se traduit alors à l’effort par un cœur qui bat plus vite (tachycardie, élévation du profil tensionel d’exercice) et des poumons qui doivent faire rentrer davantage d’oxygène ce qui entraîne un essoufflement plus important et plus rapide pour une intensité donnée.

La HbCO favorise également le dépôt de mauvais cholestérol au sein de plaque d’athérome déjà constituée ce qui la fragilise et favorise alors son décollement.

La Nicotine

La nicotine est la molécule à l’origine de la dépendance au tabac. Elle vient sur-stimuler les récepteurs dopaminergiques au niveau du noyau accumbens du cerveau ce qui entraîne le circuit de la récompense à l’origine de l’addiction physique. La nicotine exerce également des effets périphériques cardiovasculaires via la libération de catécholamines mais aussi via ses récepteurs propres, disséminé un peu partout au niveau du cœur et des vaisseaux, ce qui a pour conséquence une diminution du seuil de fibrillation ventriculaire (troubles du rythme cardiaque grave), une vasoconstriction paradoxale des artères coronaires (limitant l’afflux d’oxygène vers le cœur) ou encore en fonction de la dose, des variations anormales de la tension artérielle à l’effort.

Enfin il apparaît assez clairement que les autres constituants du tabac favorisent un processus inflammatoire endothélial avec libération de radicaux libres pouvant favoriser une rupture de plaque d’athérome.

Tout cela participe à la mortalité cardiovasculaire immédiate du tabac chez le sportif et ce même s’il a une consommation très modérée de tabac. C’est d’ailleurs pour cela que les cardiologues insistent sur le fait qu’il n’y a pas de « petite » consommation de tabac et prônent l’abstinence totale.

La prudence est également de mise quant à la pratique sportive chez les patients tabagiques substitués par de la nicotine sous toutes ses formes (patch, gommes ou cigarettes électroniques), au vu des co-morbidités mais aussi en fonction du sport pratiqué.

Au delà de cela, la consommation immédiate de tabac nuit à la performance

sportive.

Le monoxyde de carbone réduit l’apport d’oxygène, la nicotine diminue le tonus musculaire, la force musculaire maximale ainsi que les performances anaérobies ; il n’empêche qu’elle reste couramment utilisée par des sportifs. En effet, le laboratoire anti-dopage de Lausanne dans une enquête de 2011 sur 2200 échantillons d’urines d’athlètes, retrouvait, tous sports confondus, moins de fumeurs que dans la population générale (15% versus 25%), mais dans certains sports tel que le hockey sur glace, le ski alpin, le baseball ou encore le basketball, la prévalence pouvait monter de 19 à 55,6%. Il est vraisemblable que ces sportifs ne fument pas le tabac mais le consomme sous la forme de tabac à chiquer ou du snus dans le cadre soit d’une addiction au tabac aménagée permettant la poursuite de la pratique sportive à haut niveau soit dans le but d’augmenter la performance sportive, notamment pour la gestion de l’anxiété, l’augmentation de la concentration, de l’agilité ou le contrôle du poids.

Le snus, c’est quoi ?

C’est une forme de tabac, en poudre, enveloppée dans ce qui ressemble à un petit sachet de thé que l’on laisse diffuser à la face interne de la lèvre supérieure. Le snus vient de Suède, seul pays européen autorisant sa vente. Là-bas, près d’un homme sur 5 est un consommateur régulier de snus ; il y a beaucoup moins d’adeptes au tabac fumé que dans le reste des pays occidentaux ce qui se traduit par moins de cancers bronchopulmonaires et de bronchopathies. Cependant, le snus crée le même niveau d’addiction que le tabac fumé avec des risques non négligeables de cancer de la bouche, du pancréas, d’hémopathies et à un moindre degré un risque cardiovasculaire.

Depuis les années 2000, l’utilisation du snus jusque là réservée aux seniors s’est étendue chez les jeunes scandinaves et de ce fait a atteint les milieux sportifs du Nord de l’Europe, à tel point que certaines voix s’élèvent pour demander l’inscription de la nicotine sous toutes ses formes sur la liste des produits dopants, de façon à lutter contre le détournement de la consommation de snus, mais aussi dans un but de santé publique, car le snus est très addictogène. L’agence mondiale antidopage préfère pour le moment réaliser des enquêtes qualitative et quantitative sur la présence de nicotine dans les urines.

En Conclusion

Sport et tabac sont incompatibles même dans le cadre d’une pratique sportive de loisir, pour peu que l’on souhaite qu’elle s’inscrive dans la durée. Fumer une cigarette 2 heures avant ou après l’exercice physique est un facteur favorisant la mort subite d’exercice. La planification d’une activité sportive adaptée pluri-hebdomadaire est un facteur de réussite au sevrage tabagique, et doit, en l’absence de contre indications absolues, y être intégré de façon systématique.

Dr Mathieu Barre Médecin du Sport CH Dieppe